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IL DIRITTO / IL ROVESCIO L’inesauribile corrente delle parole

 

Di: Olivier Guez

 

Le texte que je vais lire n’a pas été écrit par un Français intéressé par l’Allemagne, ni par un Parisien fasciné par Berlin, mais par un Européen à propos de la capitale symbolique de l’Europe au 20ème siècle, pour le pire et (quelques fois) le meilleur de notre vieux continent. J’ai longtemps vécu à Berlin et j’y retourne régulièrement. Strasbourgeois, je suis un homme de frontières, un écrivain de double culture – au moins. Enfant, seul un grand fleuve (et une certaine appréhension) me séparait de l’Allemagne, et lorsque j’allais nager à Kehl, il n’y avait plus de frontière, déjà, seulement des drapeaux qui claquaient au vent, des péniches majestueuses et le pont du Rhin, lieu de passage et de transition, d’une langue l’autre, le Français et l’Allemand. Les fleuves, les langues, sont des plaisirs et des caprices d’Européens. Et c’est en Européen que je m’adresse à vous ce soir, chers, très chers amis italiens, vous qui étiez des pionniers de l’aventure européenne mais vous qui lui tournez le dos désormais. Les temps sont difficiles mais ne nous abandonnez pas, nous avons besoin de vous, vous avez besoin de nous.

Je vous convie à une promenade berlinoise. Autour de la porte de Brandebourg et de ses lieux de mémoires allemands et européens. Au cœur de Berlin, où s’entremêlent les heurs et les malheurs de l’histoire allemande depuis plus de deux siècles. La porte de Brandebourg, ce temple néo-classique à la blancheur marmoréenne, coiffé de son char et de sa déesse ailée, fut longtemps le symbole de l’alliance de la monarchie prussienne et de l’identité nationale allemande. Après sa victoire à Iena, Napoléon se fit remettre les clés de Berlin devant la porte et fit démonter son quadrige qu’il expédia à Paris. L’empereur déchu, les Prussiens recouvrèrent et leur char et leur orgueil, et la porte de Brandebourg devint le lieu de célébration des victoires sur le Danemark, sur l’Autriche, puis sur la France : l’Allemagne était née. Roulements de tambours, marches militaires, casques d’acier, croix de fer, la soldatesque prussienne défila longtemps sous la porte de Brandebourg. Les nazis y organisèrent régulièrement des défilés aux flambeaux. A la fin de la guerre, elle tenait encore debout, miraculeusement, au milieu d’un champ de ruines, Berlin, en fait l’Allemagne toute entière. Le temple de l’exaltation collective allemande devint une frontière, entre les secteurs britanniques et soviétiques, puis le symbole de la division du monde, du temps de la guerre froide. Le Mur de Berlin verrouillait la porte de Brandebourg et c’est à la porte de Brandebourg qu’affluèrent naturellement les Berlinois de l’Est et de l’Ouest, au soir du 9 novembre 1989, quand la RDA, qui séquestrait ses citoyens, s’écroula. Cette nuit-là, on sabra le champagne, on s’embrassa et on dansa, une farandole baroque et anarchique à la liberté retrouvée. Martiale puis hédoniste, un condensé de Berlin en quelque sorte, la porte de Brandebourg accueillit par la suite les fêtards de la love parade et peinturlurés de noir, de rouge et d’or, les supporters de la Mannschaft s’y massent désormais à chaque grand tournoi pour regarder les matchs que l’Allemagne dispute.

Dirigeons-nous à présent vers le sud et la Spree, à la rencontre du Reichstag-Bundestag et de sa coupole translucide conçue par Sir Norman Foster. Sa construction fut financée par les indemnités de guerre que la France paya à la Prusse après sa défaite en 1871. Le Reichstag ne fut un véritable Parlement que pendant 14 ans, la courte existence de la République de Weimar, avant l’incendie de 1933 qui sonna le glas de la démocratie allemande. De petites stèles ont été sculptées en mémoire des 96 députés assassinés ou déportés par les nazis. Le noir, le rouge et l’or, là aussi : les couleurs de l’Allemagne républicaine, celles de la révolution libérale avortée de 1848, flottent devant le Parlement restauré. Lorsque Berlin est redevenue la capitale de l’Allemagne au début du siècle, on a construit de nouvelles officines qu’un pont enjambant la Spree relie, des bâtiments sobres et transparents, l’idée allemande, très luthérienne de la démocratie, qui tranchent avec les dorures et les lambris de nos vieux palais latins. En face du Reichstag, une autre bizarrerie, la « machine à laver » redoutable, la Chancellerie.

Demi-tour. Traversons quelques hectares du Tiergarten et débouchons sur l’imposant monument aux morts soviétiques de la Seconde guerre mondiale. Dès l’été 1945, les « libérateurs » soviétique s’empressèrent d’ériger leur mémorial. Sur les façades du modeste bâtiment attenant, des photos de la fin des années 1940, où l’immense soldat de l’armée rouge nargue des tas de décombres et des ruines calcinées, Berlin année zéro, legs de la folie hitlérienne. La sentinelle soviétique, bronze et acier, est sise rue du 17 juin, l’ancienne chaussée de Charlottenburg rebaptisée après l’insurrection ouvrière du 17 juin 1953 à Berlin-Est. Ironie de l’histoire, le géant soviétique était situé à l’Ouest, de l’autre côté de l’anaconda de béton et de miradors qui enserrait la ville fragmentée, comme pour l’étouffer. Longtemps, je me suis demandé à quoi pensaient les Berlinois de l’Ouest en passant devant le combattant sculpté, ambassadeur de l’autre démon totalitaire, l’URSS de Staline. Etaient-ils en colère contre ces Soviétiques qui avaient violé tant de femmes allemandes à la fin de la guerre et chassé les Allemands, coupables ou innocents, de leurs terres ancestrales à l’Est, la Prusse, la Poméranie, la Silésie ? Contre les nazis qui avaient poussé l’Allemagne au suicide ? S’en voulaient-ils ou bien en voulaient-ils à leurs pères et à leurs grands-pères qui avaient suivi et même adulé le clown iconoclaste et meurtrier ? « La guerre est perdue mais plus qu’une campagne, c’est nous qui sommes perdus, nous, perdues notre cause et notre âme, notre foi et notre histoire », écrivait Thomas Mann dans le Docteur Faustus.

Mais Berlin est ductile, capable de se déformer sans se rompre, de résister à l’étirement et aux chocs, même les plus terribles.

Alors, quittons le soldat et les morts et enfonçons-nous dans le Tiergarten, ce grand jardin, tout de blanc vêtu l’hiver, paré de verts et de fleurs aux beaux jours. J’aime cette oasis au cœur de la grande ville, où chacun vaque librement à ses occupations, les cyclistes, les amoureux et les flâneurs, les naturistes, les canoteurs et les immigrés de fraîche date, venus d’Orient ou des Balkans, qui s’y retrouvent en famille pour un barbecue. Il fait bon s’allonger sur les pelouses au pied des grands arbres et regarder les nuages qui musardent dans le ciel, sentir le vent dans les feuillages, le passage du temps, à la recherche des anges de l’Histoire, comme dans le poème filmé de Wim Wenders, Les ailes du désir.

Repiquons vers le nord. Nous croisons le mémorial aux homosexuels persécutés par les nazis et arrivons devant un fortin, l’ambassade des Etats-Unis. Lorsque je suis arrivé à Berlin en 2005, j’ai longtemps observé le ballet des pelleteuses, des grues et des ouvriers sur le chantier monumental. L’ambassade a sa place parmi les lieux de mémoire berlinois tant les Etats-Unis ont inoculé les principes de la démocratie libérale aux Allemands et tenu en lisière leurs démons. Du moins, du temps où nous Européens pouvions compter sur nous cousins américains et partagions une communauté de valeurs. A quelques pas de là, devant la porte de Brandebourg, c’est ici que le président Reagan demanda à Mikhail Gorbatchev d’abattre le Mur en 1987.

Une rue sépare l’ambassade d’un cimetière de béton, une forêt de tombes, un vaste champ de stèles. Le mémorial de la Shoah déploie son labyrinthe macabre de sépultures anonymes, allégories du plus grand crime de l’histoire, perpétré par l’industrie de la mort allemande. L’holocauste est balafre indélébile de l’histoire allemande. Au cœur du cœur de la ville, on ne peut échapper au mémorial de la Shoah, à Berlin. Il entretient la mémoire du massacre, le deuil irréversible, l’Apocalypse envisagée par Hyeronemus Bosch et Dante, les cercles de l’enfer qui hantent notre histoire européenne.

Il faut s’enfoncer dans les travées de béton gris. A mesure que le visiteur avance, le sol s’affaisse et arrivé au centre du mémorial, il a le sentiment d’être submergé par un océan de pierres asphyxiant. A droite, à gauche, dans toutes les directions, il ne voit plus que des tombes, en enfilade, toujours plus hautes, comme s’il lui était impossible d’appréhender le site dans sa totalité et la dimension insensée de l’extermination des juifs d’Europe. Il faudrait 6 ans, 7 mois et 27 jours pour réciter les noms et une courte biographie des victimes, indique le musée de la Shoah, installé sous le mémorial. Il faut y venir par une nuit fraîche et pluvieuse, quand Berlin dort ou s’amuse. L’ombre des caveaux est effrayante, le silence terrible, et l’eau ruisselle sur la pierre lisse et froide, comme si des larmes coulaient de ces masses sans visage.

Ce monument commémore un cosmos englouti, le monde juif germanique et yiddish d’Europe orientale. Paul Celan fut le dernier poète de cette Atlantide européenne. Il en composa le requiem à coups de vers martelés et de répétitions compulsives dans Todesfuge, fugue de la mort, le Guernica de la littérature européenne d’après-guerre. La spirale de ces vers au goût de cendre dévoilent l’indicible douleur du poète, le deuil de ses parents assassinés, et le martyre de son peuple laminé par la machine concentrationnaire allemande.

Lait noir de l’aube, nous te buvons la nuit

Te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne

Nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons

La mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu…

De l’air. Respirons à plein poumon, jouissons des néons et des clameurs de la ville, revenons à la vie. De la rue Hannah Arendt, qui longe le mémorial de la Shoah, à la Potsdamer Platz, il n’y a qu’un pas. Allons-y. La Potsdamer Platz a ressurgi de terre après la chute du Mur, tel un Phoenix de béton et d’acier, à l’image de cette ville polymorphe qui ne cesse jamais de muer. Elle incarne la République de Berlin de ce début de siècle, sa modernité, ses travers aussi, une ville peu élégante ni chaleureuse mais extraordinairement vivante.

A la veille de la Première guerre mondiale, les prostituées, les petits messieurs chapeautés de la bourgeoisie wilhelmienne finissante et les enceintes multicolores de la Potsdamer Platz ont inspiré une série de toiles au peintre expressionniste Ernst Ludwig Kirchner : dans cette ville immense (sept fois grande comme Londres) qui s’étend langoureusement d’est en ouest après avoir annexé lacs, roseaux et forêts, la Potsdamer Platz était le centre névralgique de la cité jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale. La partition de la ville puis la construction du mur qui serpentait en son centre la transformèrent en un gigantesque No man’s land jusqu’au miracle de novembre 1989. Alors, la Potsdamer Platz devint le plus grand chantier d’Allemagne. Pendant dix ans, architectes et ouvriers travaillèrent jour et nuit pour (essayer de) redonner âme à l’espace béant et tout reconstruire, non pas à l’identique comme on le fit à Munich ou d’autres villes, mais sur une base nouvelle, résolument futuriste. La Potsdamer Platz est ainsi redevenue le carrefour de Berlin, son cœur battant. Elle a l’allure de Gotham City. Des immeubles de verre, des hôtels de luxe et des centres commerciaux sont sortis de terre, le Sony Center dispose d’un toit caméléon aux couleurs changeantes, et la station de métro a les dimensions d’une gare internationale. En février, lorsque la nuit enveloppe la cité dès le milieu de l’après-midi, la Potsdamer Platz est illuminée par les phares des limousines et les chevelures cuivrées des vedettes de cinéma qui se succèdent sur le tapis rouge de la Berlinale, le festival international de cinéma. Toute l’année, la place est cernée par la haute culture, la Philarmonie, le temple de la musique classique à l’acoustique exceptionnelle, des musées d’art, comme la Gemäldegalerie et la Neue Nationalgalerie, une bibliothèque. Et comme partout à Berlin, la mémoire des crimes rode : à quelques minutes à pied de la Potsdamer Platz, la Topographie des terrors documente la planification et l’exécution des crimes de la Gestapo et de la SS.

La place, comme tout le quartier, offre un condensé des contradictions et des meurtrissures de l’Allemagne, l’Allemagne, la patrie de Goethe et de Mengele. Berlin est une ville qui conjugue son présent au passé (et vice-versa) pour mieux embrasser l’avenir.

di: Olivier Guez

Berlino

Il testo che mi accingo a leggere non è di un francese interessato alla Germania o di un parigino affascinato da Berlino, ma è stato scritto da un europeo e racconta della capitale simbolica dell’Europa del XX secolo, nel peggio e (talvolta) nel meglio del nostro vecchio continente. Ho vissuto a lungo a Berlino e ci torno regolarmente. Essendo nato a Strasburgo sono un uomo di frontiera, uno scrittore di doppia cultura ‒ almeno. Da bambino, solo un grande fiume (e una certa apprensione) mi separava dalla Germania e quando andavo a nuotare a Kehl non c’era già più una frontiera, solo bandiere che schioccavano al vento, chiatte maestose e il ponte sul Reno, luogo di passaggio e di transizione, da una lingua all’altra, il francese e il tedesco. I fiumi, le lingue sono piaceri e sfizi da europei. Ed è da europeo che mi rivolgo a voi, stasera, cari, carissimi amici italiani, voi che siete stati pionieri dell’avventura europea e che ormai le voltate le spalle. I tempi sono difficili ma non abbandonateci, noi abbiamo bisogno di voi, voi avete bisogno di noi.

Vi invito a una passeggiata berlinese. Intorno alla porta di Brandeburgo e ai suoi luoghi della memoria tedeschi ed europei. Nel cuore di Berlino, dove da oltre due secoli si intrecciano gioie e dolori della storia tedesca. La porta di Brandeburgo, quel tempio neoclassico di marmoreo candore, sormontato dalla sua quadriga e dalla sua dea alata, fu per tanto tempo il simbolo dell’alleanza fra la monarchia prussiana e l’identità nazionale tedesca. Dopo la vittoria a Iena Napoleone si fece consegnare le chiavi di Berlino davanti alla porta di Brandeburgo, dalla quale tolse la quadriga, che fu trasferita a Parigi. Con la caduta dell’imperatore i prussiani recuperarono il loro carro e il loro orgoglio, e alla porta di Brandeburgo vennero celebrate le vittorie sulla Danimarca, sull’Austria, e poi sulla Francia: era nata la Germania. Rulli di tamburi, marce militari, elmi d’acciaio, croci di ferro, a lungo la soldataglia prussiana sfilò sotto la porta di Brandeburgo. I nazisti vi organizzarono regolarmente cortei con le fiaccole. Alla fine della guerra era ancora in piedi, miracolosamente, in mezzo a una distesa di macerie: Berlino, di fatto l’intera Germania. Il tempio dell’esaltazione collettiva tedesca divenne una frontiera, fra il settore britannico e quello sovietico, e poi il simbolo della divisione del mondo, dell’epoca della guerra fredda. Il Muro di Berlino bloccava la porta di Brandeburgo, e fu alla porta di Brandeburgo che si raccolsero spontaneamente i berlinesi dell’Est e dell’Ovest la sera del 9 novembre 1989, quando crollò la DDR che sequestrava i suoi cittadini. Quella notte la gente stappò champagne, si baciò, ballò, una bizzarra e anarchica farandola per la libertà ritrovata. Dapprima marziale e poi edonista, sintesi in certo qual modo di Berlino, la porta di Brandeburgo accolse poi i festaioli della Love Parade, e con le facce dipinte di nero, rosso e oro i tifosi della Mannschaft ormai vi si affollano a ogni grande campionato per guardare le partite disputate dalla Germania.

Dirigiamoci ora verso sud e verso la Sprea, incontro al Reichstag-Bundestag e alla sua cupola traslucida progettata da sir Norman Foster. La sua costruzione fu finanziata dalle riparazioni di guerra che la Francia versò alla Prussia dopo la disfatta del 1871. Il Reichstag fu un vero e proprio Parlamento solo per quattordici anni, la breve vita della Repubblica di Weimar, prima dell’incendio del 1933 che suonò la campana a morto della democrazia tedesca. Piccole stele sono state scolpite alla memoria dei 96 deputati assassinati o deportati dai nazisti. Anche lì, nero, rosso e oro: i colori della Germania repubblicana, quelli della fallita rivoluzione liberale del 1848, ondeggiano davanti al parlamento ripristinato. Quando, all’inizio di questo secolo, Berlino è tornata a essere la capitale della Germania sono stati costruiti nuovi uffici parlamentari collegati da un ponte sulla Sprea, edifici sobri e trasparenti, l’idea tedesca, molto luterana, della democrazia, in aperta rottura con gli ori e i marmi dei nostri vecchi palazzi latini. Di fronte al Reichstag un’altra stranezza, la terribile «lavatrice», la Cancelleria.

Torniamo indietro. Attraversiamo alcuni ettari del Tiergarten e ci troviamo di fronte all’imponente monumento ai caduti sovietici della seconda guerra mondiale. I «liberatori» sovietici si affrettarono a erigere il loro memoriale già nell’estate 1945. Sulle facciate del modesto edificio adiacente, fotografie della fine degli anni Quaranta del secolo scorso in cui l’immenso soldato dell’Armata rossa si erge sprezzante sopra cumuli di macerie e rovine calcinate, Berlino anno zero, eredità della follia hitleriana. La sentinella sovietica, bronzo e acciaio, è situata in Strasse des 17. Juni, l’ex Charlottenburger Chaussee, così ribattezzata dopo l’insurrezione operaia del 17 giugno 1953 a Berlino Est. Per ironia della storia il gigante sovietico si trovava a Berlino Ovest, dall’altra parte dell’anaconda di calcestruzzo e di torrette che stringeva la città frammentata, come per soffocarla. A lungo mi sono chiesto che cosa pensassero i berlinesi dell’Ovest passando davanti alla statua del combattente, ambasciatore dell’altro demone totalitario, l’urss di Stalin. Erano rabbiosi contro quei sovietici che avevano violentato tante donne tedesche alla fine della guerra e cacciato i tedeschi, colpevoli o innocenti, dalle terre ancestrali dell’Est, la Prussia, la Pomerania, la Slesia? Contro i nazisti che avevano spinto la Germania al suicidio? Se la prendevano con se stessi o se la prendevano con i loro padri e i loro nonni che avevano seguito e persino adulato il pagliaccio iconoclasta e assassino? «[…] la guerra è perduta, ma questo significa ben più che la sconfitta in una campagna militare, significa che noi siamo perduti, che la nostra causa e la nostra anima sono perdute, e perdute sono la nostra fede e la nostra storia» scriveva Thomas Mann in Doctor Faustus.

Ma Berlino è duttile, capace di deformarsi senza rompersi, di resistere alle trazioni e agli urti, anche i più terribili.

Allora lasciamo il soldato e i morti e addentriamoci nel Tiergarten, il grande parco, tutto biancovestito d’inverno, adorno di verde e di fiori nella bella stagione. Mi piace quell’oasi nel cuore della grande città, dove ognuno fa liberamente quel che più gli piace, i ciclisti, gli innamorati e i flâneur, i naturisti, i canottieri e gli immigrati di fresca data, venuti dall’Oriente o dai Balcani, che vi si riuniscono in famiglia per un barbecue. È bello sdraiarsi sui prati sotto i grandi alberi e guardare le nuvole che vagano nel cielo, sentire il vento tra le foglie, il passare del tempo, alla ricerca degli angeli della Storia, come nel poema cinematografico di Wim Wenders Il cielo sopra Berlino.

Riprendiamo il cammino verso nord. Incrociamo il monumento in memoria degli omosessuali perseguitati dai nazisti e arriviamo davanti a un fortilizio, l’ambasciata degli Stati Uniti. Quando sono arrivato a Berlino nel 2005 ho osservato a lungo il lavorio degli escavatori, delle gru e degli operai nel gigantesco cantiere. Anche l’ambasciata ha un posto fra i luoghi della memoria berlinesi, a tal punto gli Stati Uniti hanno inoculato nei tedeschi i principi della democrazia liberale e tenuto a bada i loro demoni. Perlomeno all’epoca in cui noi europei potevamo contare sui cugini americani e condividevamo un insieme di valori. Fu proprio a pochi passi da lì, davanti alla porta di Brandeburgo, che nel 1987 il presidente Reagan chiese a Michail Gorbačëv di abbattere il Muro.

Una via separa l’ambasciata da un cimitero di calcestruzzo, una foresta di tombe, un vasto campo di stele. Il memoriale della Shoah dispiega il suo macabro labirinto di sepolture anonime, allegorie del più grande crimine della storia, perpetrato dall’industria tedesca della morte. L’Olocausto è sfregio indelebile della storia tedesca. Nel cuore del cuore di Berlino non si può sfuggire al memoriale della Shoah. Mantiene vivi la memoria del massacro, il lutto irreversibile, l’Apocalisse immaginata da Hieronymus Bosch e da Dante, i cerchi infernali che abitano la nostra storia europea.

Bisogna addentrarsi nei corridoi di calcestruzzo grigio. Man mano che si avanza, il suolo si abbassa e, arrivato al centro del memoriale, il visitatore ha la sensazione di essere sommerso da un soffocante oceano di pietre. A destra, a sinistra, in tutte le direzioni vede solo tombe, in lunghe prospettive, sempre più alte, come se gli fosse impossibile cogliere il sito nella sua totalità e la dimensione insensata dello sterminio degli ebrei d’Europa. Ci vorrebbero sei anni, sette mesi e ventisette giorni per recitare i nomi e una breve biografia delle vittime, informa il museo della Shoah che ha sede sotto il memoriale. Bisogna venirci in una notte fresca e piovosa, quando Berlino dorme o si diverte. L’ombra dei sepolcri è agghiacciante, il silenzio terribile, e l’acqua scorre sulla pietra liscia e fredda, come se da quelle masse senza volto scendessero lacrime.

Il monumento commemora un cosmo sommerso, il mondo ebraico germanico e yiddish dell’Europa orientale. Paul Celan fu l’ultimo poeta di quell’Atlantide europea. Ne compose il requiem a colpi di versi martellati e ripetizioni compulsive in Todesfuge, Fuga della morte, il Guernica della letteratura europea del dopoguerra. La spirale di quei versi dal sapore di cenere svela l’indicibile dolore del poeta, il lutto per i suoi genitori assassinati, e il martirio del suo popolo annientato dalla macchina concentrazionaria tedesca.

Negro latte dell’alba noi ti beviamo la notte

noi ti beviamo al meriggio la morte è un Mastro di Germania

noi ti beviamo la sera come al mattino noi beviamo e beviamo

la morte è un Mastro di Germania il suo occhio è azzurro

[..]

Aria. Respiriamo a pieni polmoni, ci godiamo i neon e il frastuono della città, torniamo alla vita.  Da Hannah-Arendt Strasse, che costeggia il memoriale della Shoah, a Potsdamer Platz non c’è che un passo. Andiamoci. Potsdamer Platz è risorta dalla terra dopo la caduta del Muro, come una fenice di calcestruzzo e acciaio, a immagine di questa città polimorfa che cambia pelle senza sosta. Incarna la Repubblica di Berlino all’inizio del nostro secolo, la sua modernità, anche i suoi difetti, una città poco elegante e poco calorosa ma straordinariamente viva.

Alla vigilia della prima guerra mondiale le prostitute, gli uomini in bombetta della piccola borghesia guglielmina al tramonto e le quinte multicolori di Potsdamer Platz ispirarono una serie di tele al pittore espressionista Ernst Ludwig Kirchner: di questa città immensa (grande sette volte Londra) che si estende languidamente da est a ovest dopo aver inglobato laghi, canneti e foreste, Potsdamer Platz fu il centro nevralgico fino alla fine della seconda guerra mondiale. La divisione di Berlino e poi la costruzione del muro che attraversava la piazza la trasformarono in una gigantesca no man’s land fino al miracolo del novembre 1989. Allora Potsdamer Platz diventò il più grande cantiere della Germania. Per dieci anni architetti e operai lavorarono giorno e notte per (tentare di) ridare anima a quel vuoto e ricostruire tutto, non identico, come a Monaco o in altre città, ma su una nuova base, risolutamente futurista. Così Potsdamer Platz è ridiventata il crocevia di Berlino, il suo cuore pulsante. Ha un’aria da Gotham City. Sono sorti dalla terra edifici di vetro, alberghi di lusso e centri commerciali, il Sony Center ha un tetto camaleonte dai colori cangianti, e la stazione del metrò ha le dimensioni di una stazione ferroviaria internazionale. In febbraio, quando già a metà pomeriggio la notte avviluppa la città, Potsdamer Platz è illuminata dai fari delle limousine e dalle chiome ramate delle star che sfilano sul tappeto rosso della Berlinale, il festival internazionale del cinema. Tutto l’anno la piazza è circondata dall’alta cultura, la Philarmonie, tempio della musica classica dall’acustica straordinaria, musei d’arte, come la Gemäldegalerie e la Neue Nationalgalerie, una biblioteca. E, come ovunque a Berlino, vi aleggia la memoria dei crimini: a pochi minuti a piedi da Potsdamer Platz la Topographie des terrors (Topografia del terrore) documenta la pianificazione ed esecuzione dei crimini della Gestapo e delle SS.

La piazza, come tutto il quartiere, offre una sintesi delle contraddizioni e delle ferite della Germania, la Germania, patria di Goethe e di Mengele. Berlino è una città che coniuga il suo presente al passato (e viceversa) per abbracciare meglio il futuro.

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